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Le stress aussi chez les dirigeants

On parle souvent de la souffrance au travail des collaborateurs mais, rarement, on aborde le stress des dirigeants de P.M.E. Et cependant, cette souffrance est bien réelle puisque, selon une enquête, menée par Opinionway pour Malakoff Médéric en mai 2015, 74 % des dirigeants de PME « décrivent leur journée comme stressante ».

Une rapide réflexion aide à comprendre les principales raisons de la souffrance des dirigeants.

Le contexte général est difficile !

Nous sommes dans une ère d’incertitude depuis 2008, une ère source de souffrance morale. La directrice générale de l’O.M.S., dès octobre 2008, alertait : « Nous ne devrions pas sous-estimer les turbulences et les conséquences probables de la crise financière. Il ne faudra pas être surpris de voir plus de personnes stressées, plus de suicides et plus de désordres mentaux ».
La difficulté est encore accrue par le fait que nous vivons une ère de grande complexité, or, le stress induit par l’incertitude altère les capacités à penser la complexité. Il se créé donc une forme de cercle vicieux difficile à casser.

Ensuite, la santé du dirigeant repose sur un équilibre entre « facteurs de risque » et « facteurs de protection » et actuellement, l’équilibre est instable.

On peut répartir les facteurs de risque en trois grandes catégories : le travail, la famille et la société.

Le travail va augmenter le niveau de stress souvent en raison de sa quantité, le dirigeant est souvent soumis à une importante quantité de travail avec de trop rares moments de récupération. A coté de cela, la pression d’enjeu est elle aussi très forte : en fonction de la décision prise, les conséquences seront majeures. Les contraintes de temps, les inquiétudes face à l’avenir, la nécessité de se maintenir dans un déséquilibre permanent, sont autant de sources de stress.

La famille qui devrait être un ilot de paix et de bonheur est aussi parfois à l’origine de tensions ; tensions vis-à-vis de l’autre membre du couple qui ne peut pas toujours deviner ce qui ne va pas mais aussi tensions par rapport aux enfants qui souffrent de ne pas voir suffisamment l’un des membres de la famille… Le dirigeant, souvent, va culpabiliser mais ne sera pas en mesure d’en parler à ses proches.

Enfin, la société ne témoigne pas assez de considération à ces femmes et à ces hommes qui créent de l’emploi, créent de la richesse et permettent à notre économie de se développer. Trop souvent, les dirigeants se sentent méprisés. L’univers patronal lui-même n’est pas toujours tendre avec ceux qui échouent !

Mise en place du dispositif APESA (Aide Psychologique aux Entrepreneurs en Souffrance Aigüe)

Ce que l’on nomme pudiquement « difficultés » correspond en fait pour beaucoup d’entrepreneurs, à la fin d’une carrière, un rêve brisé et plus encore pour certains, à la perte de leur entreprise, de leur conjoint, et du domicile familial. C’est parfois cela la « souffrance au travail » des entrepreneurs, qu’il convient d’abord de reconnaître, au même titre que les souffrances d’autres catégories de la population. La position sociale spécifique de l’entrepreneur, ne doit pas rendre illégitime l’expression de cette souffrance.

C’est donc bien souvent dans un état psychologique ruiné, que de nombreux dirigeants en difficulté se voient dans l’obligation de recourir au tribunal de commerce. La méconnaissance du rôle de la justice dans ces circonstances, ou la représentation erronée de son rôle peuvent alors accroître un sentiment déjà fort de culpabilité et les plonger dans la solitude, ce qui augmente considérablement le risque suicidaire.
Les professionnels de justice, confrontés quotidiennement à ces situations, sont parfaitement conscients que ce problème, qui est avant tout un problème de santé publique, dépasse malheureusement leur champ de compétence traditionnel et que l’inexistence jusqu’alors d’outils de prise en charge pouvait faire passer leur inaction pour de l’indifférence.
Ne supportant plus le constat navré des trois D (dépôt de bilan, dépression, divorce…) , Marc Binnié, greffier au Tribunal de commerce de Saintes, et Jean-Luc Douillard, psychologue clinicien et coordinateur du programme régional de prévention du suicide pour le sud de la Charente Maritime, se sont associés et ont créé, en 2013, un dispositif inédit : APESA (Aide Psychologique pour les Entrepreneurs en Souffrance Aiguë).

Le dispositif APESA, dont la démarche et les actions sont validées par un comité scientifique, permet aux dirigeants en souffrance grave, de trouver le soutien psychologique pour les aider à surmonter cette épreuve entrepreneuriale.

La possibilité de l’échec est bien-sûr au cœur de l’aventure des entrepreneurs, mais si l’on veut qu’après l’échec il y ait le rebond, et que cette souffrance soit source d’expérience, il faut savoir aider à panser ces plaies invisibles.

Les étapes de l’accompagnement

Étape 1

La méthode APESA repose sur la formation, celle des professionnels du droit, mandataires, greffiers, juges mais aussi experts-comptables… à la détection de la crise suicidaire et de la grande souffrance morale et à l’attitude à adopter alors face aux propos et à l’état psychologique dégradé des chefs d’entreprise.
Elle repose également sur la formation des psychologues aux principes généraux des procédures collectives.
Ces échanges sont très positifs car ils permettent la rencontre de deux univers distinct, le droit et la psychologie, et induisent une meilleure compréhension réciproque.
Les professionnels du droit ne deviennent en aucun cas des psychologues, mais des sentinelles capables de déclencher une alerte, de passer un relais, le plus rapidement possible à d’autres professionnels, praticiens de la santé.
Le dispositif APESA permettant une prise en charge active et effective, autorise les professionnels du droit, à poser cette question toute simple : « comment allez-vous ? », et en présence d’un chef d’entreprise dont l’état psychologique laisse supposer qu’il aurait besoin d’une aide, à ajouter la question-clé suivante « Acceptez-vous d’être aidé ? ». La réponse n’est jamais négative !

Marc Binnié précise que « La question-clé « comment allez-vous ? » surprend positivement la psychologie du chef d’entreprise car il croit souvent que la terre entière lui en veut et que tout est fait pour l’enfoncer. »

Étape 2

Une fois mis en place, le dispositif APESA consiste à proposer aux chefs d’entreprise en « danger », d’être pris en charge par une cellule adaptée. Les professionnels formés remplissent alors une fiche alerte.
Une première prise en charge intervient en urgence par téléphone. Cette action est assurée par une structure située à Nantes, Ressources Mutuelles Assistance (RMA). Après l’alerte et l’inquiétude, une évaluation de la gravité de la situation est faite par les psychologues cliniciens de RMA. Ils apportent également si besoin aux dirigeants ruinés, des informations utiles sur leurs droits sociaux élémentaires.

La seconde étape consiste à offrir aux entrepreneurs, 5 entretiens avec un psychologue. Ces psychologues sont choisis dans la zone géographique la plus proche des personnes en souffrance. La proximité est primordiale.

Tout cela est totalement gratuit, et c’est bien normal, pour ceux qui qui sont ruinés financièrement et psychologiquement, mais il est naturel aussi que ceux qui accomplissent un travail difficile de prise en charge de la souffrance soient rémunérés. Le coût d’une prise en charge est d’environ 350 euros !

Depuis sa création au tribunal de commerce de Saintes, un ensemble de plus de deux cents praticiens, spécialisés dans les addictions, la prévention du suicide et la médiation familiale, est venue en aide à plus de deux cents chefs d’entreprises et un peu moins de cinq cents sentinelles ont été formées. Le dispositif a été déployé dans onze autres tribunaux de commerce, et s’étendra plus généralement en France dans les années à venir.

De nombreux partenaires ont rejoint l’association APESA France qui s’est donné pour tâche de coordonner le déploiement harmonieux du dispositif partout où cela est nécessaire. Parmi ceux-ci on peut citer la BANQUE DE France, les CIP, le CNG, le cabinet FIMECO BAKER TILLY, HARMONIE MUTUELLE, L’IFPPC, INFOGREFFE, l’OBSERVATOIRE AMAROK, MBA, la MEDIATION DU CREDIT,

Pour en savoir plus : www.apesa-france.com